16/03/2005

LA GREVE D UN AUTRE TEMPS

Par trois fois de suite, les travailleurs d'AGC Automotive ont refusé le plan de restructuration proposé par la direction réduisant encore davantage les chances de survie d'une usine qui a plus que besoin de tourner. La question est de savoir aujourd'hui jusqu'où peuvent aller les syndicats dans la défense des droits des travailleurs. Surtout que, dans ce cas-ci, une base indisciplinée - et probablement des éléments extérieurs de l'extrême gauche - ont phagocyté le mouvement lui imprimant une stratégie qui dépasse l'entendement humain. Aujourd'hui, les intransigeants sont prêts à tout perdre (au nom de quoi?) plutôt que d'adopter une attitude constructive pour sauver l'outil et l'inscrire dans la durée grâce à la performance. L'heure est grave pour l'ex-Splintex confrontée aux exigences de la mondialisation et l'on semble ignorer la menace de fermeture qui plane sur les outils. Quinze semaines de grève, c'est trop pour une entreprise qui, qui plus est, apparaît aujourd'hui comme un maillon (faible?) d'une multinationale dont le centre de décision est basé sous des cieux où le droit de grève est pratiquement inexistant. De plus, la longueur du mouvement fait qu'il est moins un moyen de pression qu'un suicide pur et simple.

Toutefois, ce serait se voiler la face que de nier la priorité qu'une multinationale accorde à la rentabilité et à la productivité au mépris du facteur humain. La direction a sa part de responsabilité dans un mouvement qui rappelle le triste passé de territoire peuplé de gréviculteurs accrochés aux acquis sociaux et dont la Wallonie voudrait se défaire. La brutalité de l'annonce et les maladresses dans la communication n'ont fait que braquer davantage les travailleurs. Sans oublier la difficulté de la direction à convaincre les leaders syndicaux de la justesse de ses arguments et de son plan. La (menace de) démission brandie par le directeur du site arrivera-t-elle à jouer le rôle d'électrochoc susceptible d'obliger les protagonistes à revenir à la table des négociations? Il est difficile de l'affirmer avec certitude, car patron et syndicats sont tellement campés sur leur position que chaque jour qui passe les éloigne d'une solution équilibrée.

Les dirigeants politiques wallons se doivent aussi de sortir de leur réserve, car lorsque des parties en présence ne savent plus se parler, l'arbitre doit davantage se montrer. Mais il est temps que la voix de la raison l'emporte dans l'intérêt de tous les protagonistes et de l'image de la Région wallonne. En espérant qu'il ne soit pas déjà trop tard.

PHILIPPE LAWSON

La Libre Belgique 14/03/2005


20:38 Écrit par Ced | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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