21/03/2005

Gros Louis

«Oui, il faut modifier la directive...»
OLIVIER MOUTON

ENTRETIEN

Commissaire européen en charge du Développement, le libéral belge Louis Michel était en Côte d'Ivoire ce week-end. Par téléphone, il s'emporte contre le climat «irrationnel» autour de la directive Bolkestein sur la libéralisation des services.

Quel est votre sentiment au lendemain de la manifestation contre Bolkestein à Bruxelles et alors que deux sondages donnent le «non» gagnant en France?

Je trouve que l'on fait une diabolisation injuste, d'autant que le président Barroso lui-même a estimé qu'il fallait aménager cette directive. Il est assez curieux que l'on adresse les reproches concernant la directive à cette commission-ci, alors même qu'elle ouvre le jeu et se dit prête à discuter. Je rappelle que c'est une commission à majorité socialiste qui a décidé de ce texte, sans qu'il y ait la moindre réaction à cette époque-là. Je ne comprends pas bien.

Le débat devient malgré tout irrationnel à ce sujet. Cela ne nécessite-t-il pas une autre réponse?

Mais... Quelle autre réponse? La seule possible, c'est d'avoir un débat objectif et dépassionné. Que l'on cesse de laisser croire que cette directive va être appliquée telle quelle alors que nous avons annoncé urbi et orbi qu'elle va être modifiée. Certains veulent apparemment taper sur cette directive comme une caisse de résonance idéologique. Alors que cette directive a été votée par une commission avec une majorité de socialistes. Que l'on m'explique un peu... Parce que notre commission est soi-disant un peu plus libérale, on s'empresse de taper dessus. C'est un faux procès.

Je suis d'accord que cette directive doit être modifiée, j'ai été un des premiers à le dire. Bien entendu qu'il faut la modifier! Tout le monde est d'accord.

Vu le climat, pourquoi ne pas la retirer et présenter un autre texte, plus consensuel?

Mais pourquoi faudrait-il la retirer? Pourquoi ne l'ont-ils pas retiré, quand ils avaient une majorité dans la commission? On peut la modifier de fond en comble si l'on veut, mais il ne faut pas jeter l'enfant avec l'eau du bain, hein! Tout le monde est d'accord sur le principe de base. Il faut faire déroger à cela toute une série de secteurs, c'est évident. La santé, l'éducation, oui! Tout n'est pas marchandisable. On n'a pas attendu qu'il y ait une manifestation pour dire ça. Je n'ai pas attendu les socialistes... Cette directive est devenue un objet de ralliement idéologique pour une gauche qui se cherche. Et qui se cherche un adversaire.

Le principe du pays d'origine, qui suscite le plus de controverse, est-il intangible à vos yeux?

Mais non, pour moi, il n'est pas intangible. Bien sûr que non, il n'est pas intangible... Tout est discutable, enfin. Mais ce serait un très mauvais signe envoyé vers le monde économique si l'on devait annoncer un retrait pur et simple de cette directive. Le politique doit encore prendre ses responsabilités par rapport à l'opinion publique. Pour la première fois, une commission affirme que sa priorité, c'est l'emploi. Y a-t-il un projet plus travailliste que celui-là? Mais de quoi se plaignent-ils... Je croyais que c'était le projet de toute la gauche européenne. J'ose espérer qu'ils n'ont pas changé de projet, quand même. Il faut de la compétitivité pour créer de l'emploi, mais dès que l'on parle de compétitivité, c'est l'horreur. Pendant cela, tous les autres avancent. Moi aussi, je veux préserver le modèle européen. Plus que personne. Et on nous tire dessus? Mais qu'est-ce que c'est? Sur quoi la gauche tire-t-elle? En France, ce débat est devenu complètement irrationnel. Bien sûr, il y a des choses à revoir, mais quand même.

La seule réponse à ce caractère irrationnel, est-ce l'explication?

Oui, je crois bien. Il faut demander à tous les acteurs politiques d'arrêter cette diabolisation. Mais c'est inouï de voir qu'une commission voulant corriger les excès de la précédente se fait critiquer par ceux-là même qui en sont à l'origine. Franchement, je ne comprends pas pourquoi on ne met pas davantage l'accent à ce sujet. Les socialistes n'ont pas bronché quand ce texte est passé.

© La Libre Belgique 2005

 


16:15 Écrit par Ced | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Commentaires

Effectivement, pas besoin de diaboliser le diable! Le gros Louis...Loin des gens...loin de tout!J'entends par là que ce dernier fait peu d'effort pour comprendre les inquiétudes des personnes...Et de manière générale, il faut noter une mauvaise communication sur ce que sera cette Europe...On confond tout; circulaire, constitution, Turquie, etc...Pffff, y a du boulot!!!;-)

Écrit par : Seb | 21/03/2005

heu.... heu oui ? je suis pas tout la..

Écrit par : Ced | 21/03/2005

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