08/06/2005

Un peu de Business-culture pour faire plaisir a Karine

«Les Bronzés 3», millionnaires pour la vie

Léna Lutaud
[04 juin 2005]

Du triomphe des Bronzés 1 et 2, ils n'ont pas touché grand-chose. Pour encaisser leurs 11 000 euros de droits d'auteur dus par la Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD), ils avaient même été obligés de traîner celle-ci devant le tribunal de grande instance de Paris en 2001. Entre-temps, Gérard Jugnot est entré dans le club restreint des Français oscarisables à Hollywood avec Les Choristes. Et Christian Clavier fait partie des trois stars françaises «bankables» avec Jean Reno et Gérard Depardieu.


Autant dire que pour leur retour sur les écrans, mercredi 1er février 2006, dans les rôles de Jean-Claude Dusse, de Jérôme, de Popeye le play-boy, de Gigi, de Bernard et de Nathalie Morin, les héros des Bronzés – Michel Blanc, Josiane Balasko, Marie-Anne Chazel, Christian Clavier, Thierry Lhermitte et Gérard Jugnot – ont bétonné leurs contrats. Selon les documents que Le Figaro économie s'est procuré, chaque star a signé deux contrats : l'un en tant que scénariste, l'autre en tant qu'acteur. Pour son travail d'écriture, Marie-Anne Chazel touche 343 000 euros. C'est bien rémunéré. Mais l'épouse de Christian Clavier a aussi parié sur la réussite du film. A écouter Francis Boespflug, président de Warner Bros. Pictures France et distributeur du long-métrage, l'actrice a raison de prendre ce risque : «J'espère que Les Bronzés 3 sera notre Star Wars national.»


Du coup, sur ses deux contrats, Marie-Anne Chazel a négocié une cascade de clauses d'intéressement qui vont des recettes en salles, en vidéo et à la télévision, au pay-per-view et aux jeux multimédias. La onzième clause du contrat de scénariste précise même qu'elle touchera «0,45% de toutes autres formes d'exploitation connues ou à découvrir». Le succès du DVD que les acteurs français n'avaient pas vu venir est encore un souvenir dou loureux. Si, comme prévu, Les Bronzés 3 attirent 8 à 10 millions de spectateurs, Marie-Anne Chazel sera millionnaire. Comme tous les membres de la bande, qui disposent des mêmes contrats.


La saga des Bronzés 3 a commencé l'été dernier. Tandis que dans sa villa corse, Christian Clavier planchait sur un synopsis de quinze pages avec Thierry Lhermitte, Christian Fechner allait voir Studio Canal qui est le propriétaire du titre Les Bronzés. Le célèbre producteur est ressorti ravi : Studio Canal lui a cédé pour zéro centime le droit de faire une suite. Mi-décembre, Gérard Jugnot fait repousser sa moustache et la joyeuse troupe fait une première lecture du scénario dans l'immense bureau blanc de Christian Fechner, derrière Roland-Garros.


Comme dans les opus précédents, la comédie se passe dans un lieu unique. Cette fois, c'est un magnifique hôtel avec piscine. Calculatrice à la main, Christian Fechner fait ses comptes : avec 82 jours de tournage entre mai et juillet dont deux mois à l'étranger pour éviter la pluie, il évalue le budget du film à 35 millions d'euros. C'est peu comparé aux 53 millions d'euros d'Arthur que tourne Luc Besson en Normandie avec Madonna, David Bowie et Mia Farrow. «Mais c'est beaucoup comparé à Chouchou avec Gad Elmaleh qui m'avait coûté 9 millions d'euros», confie Christian Fechner, en mâchouillant son cigare.


Début janvier, tout s'accélère. Les équipes de Patrice Leconte sillonnent l'Europe pour dénicher le fameux palace. Ce sera le Cala di Volpe en Sardaigne. L'établissement préféré de Donatella Versace et de Lionel Richie a déjà accueilli James Bond dans L'Espion qui m'aimait. Propriété du milliardaire libano-américain Tom Barrack (premier actionnaire d'Accor, détenteur de 15% de Lucien Barrière), cet hôtel coûte 1 000 euros par nuit. Christian Fechner, qui a besoin de privatiser deux tiers de ce lieu de rêve et de 3 875 nuitées, négocie pied à pied. Il réussit.


Au coût du palace, il faut cependant ajouter 6 000 repas, 22 camions chargés de matériel qui arrivent par bateau depuis Toulon et Gênes, la location de 50 lignes de téléphones portables italiens, 45 voitures pour sillonner l'île, 360 billets d'avion Paris-Sardaigne... sans oublier «le coût de l'assurance pour protéger les pellicules qui s'envolent de l'île chaque soir dans un caisson résistant aux rayons X pour rejoindre Paris», rappelle Jean-Claude Beineix, l'assureur de Christian Fechner. Du coup, sans même le salaire des acteurs, le coût de fabrication du film représente vite 75% du budget. «Les rémunérations des acteurs-auteurs et du réalisateur tout comme le montage du film sont dans les 25% restants», détaille Christian Fechner.


Heureusement pour notre producteur, «les financiers du cinéma attendent avec impatience le film». Studio Canal achète d'emblée les droits vidéo tandis que Francis Boespflug, «ami de vingt ans» de Christian Fechner, verse un montant secret pour se charger du marketing et de la distribution en salle. TF1 prend les droits de diffusion hertzienne du film. Christian Fechner fait alors monter les enchères entre Canal + et TPS. La guerre totale entre les deux opérateurs va le servir. Fin avril, Canal + ne peut pas suivre les surenchères de TPS. Avec les ventes à l'étranger, Fechner a bouclé son financement. Il peut donc ouvrir chez sa banque un compte au nom du film. Et payer les deux millions d'euros de salaire d'auteur de ses stars, en escomptant les contrats signés par Warner Bros., TPS, Studio Canal et TF1.

Voilà pour le financement ponctuel du film. Mais Christian Fechner s'est aussi très bien débrouillé d'un point de vue patrimonial. Dans le cinéma, posséder le négatif du film est crucial. Cela permet d'être celui à qui les chaînes achètent les droits de diffusion. Et quand un film comme Les Bronzés font du ski, le 17 février 2004, passionne dix millions de Français devant TF1, les ayants droit touchent 1,5 million d'euros.

Vu les enjeux, rien n'a été laissé au hasard. Ainsi, si Warner Bros annonce déjà que le film sortira en février 2006, c'est pour que les exploitants de cinéma réservent leurs salles. «C'est une date stratégique car les vacances de février s'étaleront sur tout le mois selon les zones géographiques», explique Francis Boespflug qui prévoit 800 à 1 000 copies : «Le problème est de savoir quel exploitant ne va pas demander le film.» Les Bronzés 3 est vraiment un film hors norme.

Le Figaro Economie


18:52 Écrit par Ced | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Commentaires

Là où y a du pognon...y a du plaisir? Effrayant tout ce pognon...mais après tout, je pense qu'ils l'ont bien mérité...Espérons juste que le film soit à la hauteur et surtout, qu'on ne nous gave pas de pub et d'extrait du film avant sa sortie...L'indigestion risque de tuer ce troisième opus...Néanmoins, je doute qu'on y échappe...

Écrit par : Seb | 08/06/2005

La pub, je dis non!! T'as été trop loin dans ton "copier/coller"...t'as même embarqué la pub au dessus de l'article ;-) ;-)

Écrit par : Seb | 08/06/2005

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