16/02/2006

Etonné ?

Peut-on critiquer le PS ??

 

La question à la une? L'autocensure...
Pierre-François Lovens

Fait inédit: les auteurs d'un reportage sur le «plan Marshall» ont refusé de le cautionner.
Le reportage a fait l'objet d'une coupure jugée injustifiée et arbitraire.
La RTBF se serait bien passée de ça...

 

Pour les uns, ce serait une tempête dans un verre d'eau. Pour les autres, un cas scandaleux d'autocensure. Pour d'autres encore, dont de très nombreux téléspectateurs branchés hier soir sur La une, un fait passé inaperçu...

Nous vous l'expliquions dans notre édition de mercredi. La diffusion, dans le magazine «Questions à la une», d'un reportage cosigné par Michel Hucorne et Philippe Lorsignol, a déclenché l'émoi au plus haut niveau de la RTBF. Jean-Paul Philippot (PS), administrateur général de la chaîne publique, a tapé du poing sur la table! En cause? MM. Hucorne et Lorsignol auraient dépassé les bornes dans leur enquête relative aux effets attendus du «plan Marshall» sur l'économie wallonne. Le journaliste (30 ans de carrière, dont 25 au magazine «Au nom de la loi») et son réalisateur ont surtout eu l'outrecuidance de tendre micro et caméra au sénateur MR Alain Destexhe, auteur de critiques acerbes sur l'état de la Wallonie et le Parti socialiste.

Jusqu'à quelques heures de l'émission, le doute est resté entier sur la diffusion du reportage «Le plan Marshall va-t-il sauver la Wallonie?». Durant une bonne partie de la journée, entrevues et courriels ont fusé. «Le sujet sera bien diffusé moyennant des changements mineurs», nous confiait sur le coup de 16h30 Yves Thiran, directeur de l'Information et de l'Ethique. Et d'ajouter: «Nous n'avons rien enlevé à l'impertinence du reportage et nous avons ajouté de la pertinence en clarifiant certains commentaires.» A ses côtés, Pierre Marlet, éditeur de «Questions à la une», abonde: «Tel que modifié, le reportage apparaît plus abouti.»

«Politiquement correct»

Des changements mineurs? Certes, il a été demandé à Michel Hucorne de réenregistrer l'un ou l'autre commentaire. Le journaliste s'y est plié. En revanche, il s'est cabré lorsqu'on lui a imposé de «sucrer» une séquence dans laquelle Alain Destexhe s'exprimait sur la «mal gouvernance» de la Wallonie. «Cette séquence était hors de propos dans la mesure où M. Destexhe s'écartait du sujet traité», explique Yves Thiran.

MM. Hucorne et Lorsignol ont vu rouge (sans mauvais jeu de mot...). Estimant que l'intervention de M. Destexhe avait toute sa pertinence, et ne voulant pas cautionner un reportage à tout le moins autocensuré, ils ont exigé et obtenu que leurs noms n'apparaissent plus au générique de fin de «Questions à la une». Une attitude soutenue par la Société des journalistes (SDJ). «Nous avons communiqué à M. Philippot notre inquiétude sur une intervention dictée par une sorte de «politiquement correct» très à la mode. Nous soutenons nos deux collègues dans leur démarche de ne pas cautionner la diffusion d'un reportage modifié», explique Alain Vaessen, président de la SDJ.

L'incident restera-t-il sans effet sur le plan politique? Au MR, on semblait hier attendre la diffusion du reportage avant d'éventuellement réagir. Et au sein de la RTBF? La hiérarchie fait bloc et il faut descendre les échelons pour prendre le pouls de la grogne. Avec, chez beaucoup, un seul mot à la bouche: la-men-ta-ble!

© La Libre Belgique 2006

 

17:31 Écrit par Ced | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |